Des livres qui nous bousculent

Il faut lire le roman de Maylis de Kerangal, Réparer les vivants : un plaidoyer pour les greffes, et notamment la greffe du cœur. Simon a 20 ans. Sa passion, c’est le surf. Au retour d’une « session », l’accident se produit… Et nous allons suivre chacun des acteurs de ce drame depuis le médecin anesthésiste qui reçoit Marianne, la mère de Simon, jusqu’à Claire qui sera l’heureuse bénéficiaire de cette tragédie. « Le cœur de Simon Limbres migrait dans un autre endroit du pays, ses reins son foie et ses poumons gagnaient d’autres provinces, ils filaient vers d’autres corps ». Que subsistera-il dans cet éclatement de l’unité de son fils ? Comment raccorder sa mémoire singulière à ce corps diffracté ? Cette interrogation d’une mère submergée par la douleur traduit l’atmosphère de ce récit où la douleur, la froide description des actes médicaux, le professionnalisme des différents acteurs se mêlent à la vie de tous les jours.
C’est avec autant d’émotion que vous découvrirez le dernier roman de Franck Pavloff, L’Enfant des marges. C’est une sorte d’autobiographie. Depuis la mort de son fils, Ioan s’est réfugié dans un mas des Cévennes où il passe son temps à redresser des murets, pour oublier que le bonheur a existé… Un SMS de sa belle-fille vient le cueillir au cœur de sa solitude égoïste. Son petit-fils, Valentin, est parti à Barcelone pour fuir une vie dont il ne veut plus ! Et sans réfléchir, il prend la route. Comment le retrouver au milieu de tous ces déçus qui logent dans des squats, fabriquent des cocktails Molotov, ou réalisent des spectacles de rue ?
Il questionne, et au fil des rencontres c’est son passé qu’il va devoir appréhender. Une visite inattendue de la Sagrada Familia nous laisse ébahis. Et la rencontre de l’ange d’or… sur cette place de Barcelone, l’ange qui va enfin prendre la parole : « Il faut que je te dise, c’est bon de savoir que le père de mon père est venu me chercher, c’est de la vie, merci Ioan».

Portrait d’une peintre juive oubliée, morte en camp de concentration

Un autre roman a marqué la rentrée littéraire, il a d’ailleurs obtenu le prix Renaudot : Charlotte, de David Fœnkinos. L’émotion tient au sujet lui-même. Charlotte jeune artiste peintre, de famille juive, dont l’écrivain découvre l’œuvre bouleversante. Traquée par les nazis à Berlin, elle se réfugie près de Nice où elle composera l’œuvre de sa vie “Vie ? ou Théâtre” où elle vivra une grande passion amoureuse. C’est en 1943, à l’âge de 26 ans, qu’elle finira ses jours en camp de concentration alors qu’elle était enceinte. L’auteur utilise un procédé d’écriture qui peut troubler le lecteur; vers libres, aux phrases très courtes, dont il affirme avoir eu besoin pour lui permettre de respirer!
Et n’oubliez pas de lire ou de relire les œuvres de Patrick Modiano, qui vient de recevoir le prix Nobel de littérature. Chacun de ses romans vous entraîne à la recherche du bonheur perdu à travers les rues et les quartiers de Paris.