Médecin généraliste en milieu rural « On touche à tout! »

C’est surtout le désir d’aider les autres qui a amené Joël Parisot à entreprendre une dizaine d’années de médecine. Il reconnaît qu’il faut vraiment consacrer sa jeunesse, renoncer à beaucoup de choses : heures de sommeil, loisirs, tellement le programme est vaste. Mais, de son point de vue, « c’était hyper passionnant. Les études sont bien faites en France. »

Dans les dernières années de son cursus, comme interne, il a cependant trouvé le temps de se marier et d’avoir deux enfants (il en a trois maintenant). «?En tant que médecin, on sait qu’il ne faut pas attendre trop tard pour avoir des enfants!?»

Une vision positive des patients

Il vient de fêter ses 20 ans d’exercice à Matour. Il a succédé au docteur Dassonville. S’installer dans le milieu rural, ce fut un choix délibéré. Fils d’agriculteurs, il dit apprécier les gens de la campagne, naturels, pratiques, réfléchis, raisonnables, ne consultant pas pour le moindre bobo. Il parle de ses patients d’une manière chaleureuse, valorise le bon sens de la majorité d’entre eux. Ils lui font confiance tant sur le plan diagnostique que sur le plan thérapeutique.

On fait de tout

Il regrette de faire moins de visites à domicile qui lui permettaient de mieux connaître les gens, leur milieu de vie. C’est aussi ce désir d’appréhender la personne dans sa globalité qui lui a fait choisir la médecine générale. «?On touche à tout, on fait des choses qu’on ne fait plus en ville?», où on s’adresse plus facilement aux spécialistes.
Il situe ses interventions selon trois directions. Les gestes techniques qu’il a appris à faire avec de plus en plus d’assurance : suturer une plaie, poser un stérilet… Le domaine de la réflexion : ajuster, équilibrer un traitement, en tenant compte de l’ensemble des pathologies, des effets secondaires, des réactions du patient. L’écoute de la personne, de son vécu, de ses soucis familiaux ou autres. Il continue aussi à se former pour acquérir de nouvelles compétences.

Le parler vrai du médecin

Question importante: faut-il toujours dire la vérité au malade, quelle que soit la gravité de la situation ? Il répond positivement. Cacher les choses, c’était dans le passé «?une autre médecine?». Parler permet d’ouvrir le dialogue, de «?décongestionner?». Souvent, le patient est plus prêt à entendre qu’on pourrait le croire. Le fait de comprendre pourra lui permettre de mieux lutter.
Tout cela demande une grande disponibilité: 70 heures de travail et une nuit de garde par semaine, un week-end sur six. Le docteur Parisot aimerait pouvoir consacrer plus de temps à sa vie de famille, faire du sport pour soigner sa propre santé. Mais, malgré la fatigue et parfois le stress, il ne regrette pas son choix de vie. Il est récompensé quand, le soir, il peut dire : «?Je suis content de ce que j’ai fait!?»

Charpentier-couvreur, un métier qui évolue

Pascal Nugues nous reçoit dans ses nouveaux bâtiments des Prioles à Dompierre. De beaux bâtiments où le bois domine et pour cause : Pascal Nugues se consacre, pour l’essentiel, à la création et à la construction de bâtiments à ossature bois.

L’ossature bois, dit Pascal Nugues, cela fait longtemps que j’y pense. Mais il me fallait du matériel et de l’espace. C’est pour cela qu’en 2010 je me suis installé dans la zone d’intérêt communautaire de Dompierre.
Dans ce grand bâtiment, l’espace principal c’est l’atelier: un ensemble impressionnant de machines qui usinent, rabotent sur quatre faces, découpent tous les éléments des ossatures bois. Tout cela, bien sûr, piloté sur ordinateur en suivant les plans élaborés par le dessinateur. Oui, c’est un gros investissement, reconnaît Pascal, autour d’un million. Alors, il faut que ça tourne !
Mais ça marche. J’ai du travail en masse et j’ai du mal à tenir mes délais. Mon entreprise a grossi. J’emploie maintenant quinze personnes : un dessinateur, un conducteur de machines pour l’atelier, deux équipes pour la restauration de bâtiments anciens, deux équipes qui se consacrant aux bâtiments à ossature bois, et puis Sylvie, mon épouse, qui assure le secrétariat. Quant à moi, je gère tout cela.

Batimentcharpentier
Mes clients ? Ils sont un peu partout. J’en ai au Gabon ou en Guadeloupe et puis un peu sur toute la France. Mais la concurrence est forte. J’ai peu de souci avec mes clients après la vente : ils sont satisfaits. Quant à mes fournisseurs, c’est essentiellement le bois que j’achète, des résineux surtout. Je les cherche, bien sûr, au meilleur prix. Alors, mon gros fournisseur, il est allemand, eh oui! Mais j’achète aussi en France, dans le Jura ou… chez nous pour le douglas.
Mais attention, il y a aussi la réglementation de consommation d’énergie qui s’applique aux constructions nouvelles. Ainsi, toutes les constructions nouvelles, à partir de janvier 2013, devront appliquer la norme RT 2012 qui stipule que la consommation maximale d’un bâtiment neuf ne devra pas dépasser 50 kWh par m² et par an. Ami lecteur, faites donc le calcul pour votre maison : si vous utilisez du fuel, sachez que 1 m3 de fuel fournit 10 000 kWh. Bien entendu, poursuit Pascal, nous sommes très attentifs à tous ces problèmes d’isolation : choix des matériaux, étanchéité, etc.. Tenez, hier, j’étais à Chalon pour un test d’étanchéité sur un bâtiment.
Charpentier-couvreur : voici donc un bel exemple de métier qui évolue, nécessitant énergie, audace et intelligence. Toutes qualités bien en main chez Pascal Nugues !

Pâtissier des prés

Venu d’Alsace, Cyril Canedi est arrivé il y a quatre ans dans le sud de la Bourgogne, avec Françoise, son épouse, et Deva, leur petite fille. Pâtissier à Mulhouse, il a choisi la campagne tramblyronne pour construire sa maison au revêtement de bois et créer, il y a deux ans, un lieu où il exerce ses talents de pâtissier, chocolatier, traiteur et glacier. Rencontre avec un artisan volontaire et enthousiaste.

Pourquoi avoir choisi ce lieu relativement isolé ?

J’ai été attiré ici par la certitude de trouver une réelle qualité de vie. Je voulais privilégier ma vie de famille, voir grandir ma fille et construire ma maison en m’inscrivant dans une démarche écologique. Je n’ai pas été déçu. Ma vie ici répond tout à fait à mes attentes. Certes, le rythme de travail est intense mais j’apprécie le calme de l’environnement, les liens qui se créent, les contacts noués, le sentiment de sécurité éprouvé, le bel accueil reçu à notre arrivée et la reconnaissance de l’audace de notre projet… et de la qualité de nos produits ! Venir ici me mettre à mon compte, c’était aussi la possibilité d’être libre dans la conception et l’organisation de mon travail et de pouvoir partager celui-ci avec Françoise, responsable de la vente et de la partie administrative. Nous travaillons énormément mais ensemble et c’est essentiel pour nous.

Comment avez-vous choisi ce métier ?

Adolescent, j’ai été fasciné, au salon des métiers, par le travail d’un chocolatier. Un stage en 3e a confirmé ce choix. J’ai ensuite travaillé dans des pâtisseries renommées en Alsace puis complété ma formation dans la restauration. Je suis très influencé par mon passé alsacien, à travers l’utilisation des épices, par exemple, ou le choix vigilant d’excellents produits. Je ne travaille que sur commande afin de pouvoir garantir la fraîcheur de ma production. Je participe à des marchés gourmands, en nocturne ou en journée, à des foires importantes, à des portes ouvertes dans le cadre vinicole ou caprin. Je donne également des cours de pâtisserie, en m’adaptant aux groupes de stagiaires. Il m’est arrivé de travailler avec de jeunes enfants de 5 à 8 ans.

Que vous apporte votre métier ?

Un équilibre personnel. J’ai besoin de créer, de me renouveler, d’évoluer. Je connais bien mon métier mais je sais que j’aurai toujours quelque chose à apprendre. Je suis en perpétuelle recherche de nouvelles associations, je joue avec les textures, les goûts. Tout est possible. La seule limite est celle de l’imagination. C’est un challenge permanent.

Le mot de la fin ?

Mon métier consiste à faire plaisir aux gens. Que demander de plus ? Nous ne deviendrons peut-être pas plus riches mais certainement plus heureux ici !

Souffleur de verre

Dominique Marcade, installé à Saint-Léger sous la Bussière, souffle le verre depuis près de 25 ans. Portrait d’un passionné du verre, qui transmet désormais son savoir-faire et sa passion aux plus jeunes.

En quoi consiste votre activité?

Je souffle le verre depuis 25 ans, c’était d’ailleurs mon activité principale jusqu’en 2009. Je réalise des pièces de création pour des expositions ou je crée des pièces à la demande pour des architectes d’intérieur. Je fais également de la restauration de verre. Depuis 2009, j’enseigne dans un atelier de verre soufflé dans un lycée professionnel à Yzeure (03) ce qui m’a conduit à réduire un peu mon activité de création. L’enseignement, c’est une expérience très enrichissante car c’est un moyen d’accompagner des adolescents dans un moment de leur vie où ils se posent beaucoup de questions. Se concentrer sur une matière telle que le verre est l’occasion pour ces jeunes de réfléchir; cette activité artistique peut leur amener une éclaircie dans le monde compliqué qui les entoure. En parallèle, je continue de faire des pièces de création. Je travaille beaucoup à l’inspiration: j’essaie d’aboutir dans la matière ce que je préfigure dans ma tête…

D’où est venue cette envie de pratiquer le soufflage de verre?

J’ai réalisé mes études à Paris au lycée technique en me spécialisant dans la verrerie de laboratoire. Je réalisais alors des objets en verre à destination de la chimie (pipette, réfrigérant…). A la sortie du lycée, je ne souhaitais pas continuer dans la verrerie de laboratoire, mais cette matière qu’est le verre me passionnait. J’ai alors connu la technique du soufflage du verre à la canne qui permettait de travailler aussi bien l’épaisseur que la finesse du verre. Je souhaitais aussi quitter la vie parisienne. J’ai alors monté mon premier atelier en Normandie, puis je suis descendu dans le Beaujolais par la suite. Depuis que je suis installé à Saint-Léger, je loue parfois mon four à des souffleurs de verre amateurs qui n’ont pas le matériel requis chez eux.

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans cette activité?

La magie : le verre n’est pas une matière stable. Au départ, c’est un élément simple qui compose pourtant une grande partie de l’univers : la silice. Le mélange de cette silice avec de la chaux et de la potasse à une température de fusion (1350°C) donne alors cette matière surprenante et transparente : le verre. Pour moi, le verre c’est un élément fort en spiritualité

Photographe de plateau

Pascal Chantier est arrivé à Matour il y a trois ans, avec Marie, son épouse, la pharmacienne du village et leurs trois jeunes enfants. Pascal est photographe. Grâce à lui, vous pouvez garder un très joli souvenir d’événements familiaux (mariages, baptêmes, réunions de famille…), de manifestations diverses (Conscrits, fêtes de village, épreuves sportives…) ou de visages d’êtres aimés. Il est aussi projectionniste bénévole et animateur du cinéma de Matour. Sans lui, nous n’aurions jamais eu la chance de rencontrer dans notre village des réalisateurs célèbres venus présenter leur dernier film.

Quel est votre rôle sur un tournage ?

Je travaille d’abord pour la promotion du film, puis sur sa mémoire. Je dois trouver « l’image » qui caractérise le film et qui donnera envie de le produire dans un premier temps, puis d’aller le voir ensuite. Je fais une première sélection parmi toutes les photos prises. Après accord du producteur, du metteur en scène et des comédiens, l’attaché(e) de presse contactera les médias. Sur 3 ou 4000 photos réalisées, 50 seront retenues. Au final, il n’en restera que 10 ou 20… C’est pour cela que l’on voit souvent les mêmes photos partout.
Je ne suis pas présent pendant toute la durée du film. Je travaille en fonction des séquences les plus caractéristiques et dois cibler les vedettes.
Je réalise également des photos documentaires du tournage.

Comment êtes-vous arrivé là ?

Par passion du cinéma. J’ai d’abord été préparateur en pharmacie tout en écrivant sur le cinéma. J’ai été journaliste et me suis occupé d’un site Internet (celui du festival de Deauville). Je me suis formé « sur le tas », en sachant saisir les opportunités et… en travaillant beaucoup ! J’avais « un regard » qui m’a incité à me lancer.

Quelles sont les qualités requises ?

La patience, l’humilité. Il faut savoir se taire. Il faut aussi savoir remercier.

Qu’appréciez-vous le plus dans votre métier ?

De vivre de ma passion ! D’avoir le bonheur d’être sur un plateau de tournage ! De rencontrer des réalisateurs ou des comédiens inoubliables. D’avoir une totale liberté. Si mes photos plaisent, c’est justement parce que je suis libre. Le plus difficile, c’est de vivre plusieurs semaines loin de ma famille.

Le plus essentiel pour vous ?

Savoir trouver dans la personne ce qu’elle est vraiment. L’important, c’est de chercher la vie, de capter l’énergie. Et de savoir la retransmettre.

Porteur de journaux à la campagne

Quand vous trouvez votre quotidien dans votre boîte aux lettres, avez-vous parfois pensé à celui qui vous l’a apporté ? L’avez-vous déjà rencontré ? Que savez-vous de son travail ? Frédéric Broyer est porteur du Journal de Saône et Loire. Chaque matin, y compris le dimanche, il va chercher les journaux à livrer au dépôt de Charnay-les-Mâcon, entre trois heures et trois heures et demie.
A quatre heures, Frédéric attaque sa tournée : Saint-Point, Bourgvilain, Sainte-Cécile, Bergesserin, Curtil, Montagny-sur-Grosne, Tramayes, soit 210 kilomètres chaque jour, qu’il effectue en quatre heures environ. Tous les journaux doivent être livrés avant neuf heures et demie.

Qu’est-ce qui vous a incité à choisir ce métier ?

En fait, il ne s’agit pas d’un métier mais d’une activité complémentaire. J’utilise ma propre voiture. J’ai commencé il y a un an, avec 185 abonnés. J’en ai maintenant 205, tous de plus de cinquante-cinq ans. Le journal est encore bien lu dans nos campagnes.
C’est une activité qui me plaît énormément. J’aime travailler la nuit. Je dors peu et j’ai la chance de pouvoir bien récupérer.

Cette activité présente-t-elle des désagréments ?

Toutes les boîtes aux lettres sont accessibles. Les seules difficultés rencontrées sont liées aux périodes de neige ou de verglas. Certaines routes ne sont pas déneigées.
Un jour, en reculant, je me suis retrouvé coincé dans un fossé caché par des feuilles mortes, sans pouvoir m’en sortir, et ce, à quatre heures du matin ! C’est un cultivateur passant en tracteur à cette heure plus que matinale qui m’a dégagé de là.

Qu’appréciez-vous dans votre travail ?

J’apprécie tout d’abord la bonne ambiance qui règne au dépôt et la chance d’avoir une chef sympathique. J’apprécie ensuite le silence de la nuit et la tranquillité de nos routes de campagne.
Je peux rencontrer des lapins, des chevreuils et même des sangliers.
J’aime également les contacts humains. Il arrive que l’on m’attende pour échanger quelques mots et parfois m’offrir une tasse de café. Et si la rencontre est due au hasard, je m’aperçois avec plaisir que les gens sont heureux de me voir.

Être médiateur culturel…

Ils étaient sept à la maison des patrimoines, sept bénévoles chargés d’accueillir les visiteurs du 21 juin au 4 juillet 2010 et de servir d’intermédiaires entre ceux-ci et l’art contemporain. Benoît Michel et Paul Parisot, les deux plus jeunes médiateurs culturels, nous parlent de cette expérience.

Quel était votre rôle ?

Nous proposions aux visiteurs de les accompagner sur le chantier afin de faciliter l’approche des différentes œuvres. Nous « n’expliquions » pas tout de suite l’intention de l’artiste mais nous invitions chacun à s’interroger, face aux réalisations en cours. Celles-ci sont parfois déconcertantes et toutes les interprétations sont possibles. Nous avions reçu une formation pour cela et nous savions que nous serions confrontés à des a priori concernant l’art contemporain. Nous avons essayé de notre mieux de répondre aux attentes des visiteurs.

Qu’avez-vous particulièrement aimé ?

Nous avons été touchés par l’ouverture d’esprit, la curiosité et la spontanéité des enfants les plus jeunes et par l’intérêt manifesté par les seniors. Notre proposition d’accompagnement, la démarche adoptée et notre propre engagement ont été appréciés. L’humour facilitait le contact. Des visiteurs sont même revenus !
Nous avons aussi beaucoup aimé partager, pendant deux semaines, la vie des artistes, tous différents mais tous ouverts au dialogue. Les échanges que nous avons eus avec les trois Français (dont une franco-polonaise), le Canadien, l’Italienne d’origine allemande et la Mexicaine nous ont permis d’approcher la réalité de leur vie professionnelle. La diversité de leurs origines et de leur personnalité nous a donné l’occasion de découvrir d’autres cultures, d’autres manières de vivre, d’autres façons de voir les choses. Et nous avons pu parler (ou entendre parler) italien, espagnol, anglais, ou allemand !
Bien qu’en pleine période de révisions pour le Bac, nous avons passé deux semaines passionnantes dont nous nous souviendrons longtemps.

Des projets venus du monde entier

Organisé par la commune de Matour et le centre d’art contemporain Frank Popper, ce deuxième symposium (le premier avait eu lieu en 2007) a permis aux six artistes retenus, sur une centaine de projets venus du monde entier, de réaliser, en public et en plein air, une œuvre monumentale de bois ou d’acier. Toutes les œuvres resteront à Matour, la plupart dans le parc de la maison des patrimoines, mais également à l’une de ses entrées, à la porte de la mairie ou au bord de l’étang.

Aide à domicile : privilégier la relation

C’est vraiment par choix d’un métier qui l’attirait que Fatima Bélicard a décidé, il y a un an et demi, de devenir salariée à l’Aide à domicile en milieu rural (ADMR). Elle assure un temps partiel (une centaine d’heures par mois). Il lui faut désormais concilier cette fonction avec deux autres rôles : mère de famille et femme d’exploitant agricole ; une polyvalence qui exige de s’adapter, de respecter un planning précis, tout en s’efforçant d’être bien présente, attentive à chaque tâche et à chaque personne. Elle parle de complémentarité et trouve là un équilibre.

L’enthousiasme avec lequel elle parle de son travail laisse facilement deviner qu’elle s’investit beaucoup et qu’elle est heureuse dans sa profession. On peut penser que cette énergie est communicative et que les personnes âgées en bénéficient (quelques familles aussi). Elles souhaitent être déchargées de travaux trop durs pour elles, mais elles peuvent aussi choisir dans le temps qui leur est imparti, de privilégier le relationnel, ou le loisir : bavarder, offrir le café, en profiter pour aller faire des courses, voir une copine, aller ensemble choisir une nouvelle robe.

Ecouter, compatir, faire évoluer

Tenue par le secret professionnel, une aide à domicile (avant, on disait « aide ménagère ») reçoit les confidences, les plaintes au sujet de la solitude ou de la dépendance difficile à accepter. Elle se laisse toucher par la souffrance tout en essayant de garder la bonne distance. Elle entend parfois des remarques agressives sans se laisser déstabiliser. Elle respecte les habitudes tout en cherchant à amener tout doucement une évolution.

Comprendre, rassurer, se former

Fatima sait par expérience personnelle (elle a bénéficié d’une aide à la naissance de son troisième enfant) qu’on peut appréhender la venue d’une étrangère chez soi, dans ses « petites affaires ». « Faut-il que je fasse mon ménage avant ? » demandait avec un humour malicieux une future bénéficiaire ! Cette intrusion dans la sphère intime sera acceptée à mesure que s’installera la confiance.
Fatima est « du coin ». Elle est connue, située dans une famille, dans un village. Ces repères ont un côté rassurant : elle est de chez nous. Elle nous comprend.
Elle a conscience que le fait d’appartenir à une association constitue un plus : rencontres, échanges avec les bénévoles et les autres salariées. Elle a apprécié de participer à des groupes d’analyse de la pratique professionnelle : elle sait que la formation doit être permanente.

Producteur de lait en élevage caprin

Originaire de la Loire, Frédéric Vallensant est arrivé à Germolles il y a quatorze ans. Après avoir grandi dans une ferme puis travaillé comme salarié en Saône-et-Loire (il est dans le métier depuis une vingtaine d’années) il a repris il y a deux ans une exploitation au Thozet en transformant une stabulation de vaches et de chèvres laitières en stabulation à chèvres uniquement.

Comment s’est passée l’année qui a précédé votre installation ?

Ce fut une année de transition. J’ai dû mener plusieurs choses de front : la redécouverte des travaux agricoles, avec l’exploitation des terres (quarante-trois hectares dont cinq de céréales), l’entretien des prairies, l’aide apportée dans l’élevage de vaches et de chèvres qui était encore en place, le travail effectué dans une fromagerie où j’étais employé ainsi que les soins apportés à mon propre troupeau de cent-vingt chèvres.

En quoi consiste votre travail ?

J’ai 250 bêtes qu’il faut traire matin et soir et nourrir trois fois par jour avec du foin et du concentré (soja, maïs et orge). Le lait est collecté tous les trois jours par une coopérative.
La période où le travail est le plus intense s’étale sur deux mois (janvier et février). C’est le moment des « chevrotages » (jusqu’à vingt-deux par jour !) celui que je préfère. Les moments de pleine lune ne sont pas de tout repos ! Puis vient le travail des champs.
Les chevreaux sont allaités pendant deux mois puis sevrés. Une partie d’entre-eux (70%) sera vendue à d’autres élevages ou à un engraisseur. La reproduction pourra être envisagée au bout de 7 à 8 mois. La gestation dure cinq mois. Il n’y a qu’une portée par an, de un à trois ou quatre petits. Les bêtes vont au pré d’avril à octobre.

Que diriez-vous à un jeune tenté de suivre votre voie ?

Pour faire ce métier, il faut d’abord approfondir ses connaissances dans ce domaine, bien se renseigner, ne pas manquer de courage au quotidien et face aux aléas, vouloir vraiment faire cela. Il faut pouvoir aussi compter sur l’aide d’un conjoint compréhensif et qui connaît aussi le milieu de l’élevage.

Et vous ? Pourquoi avoir choisi ce métier ?

J’ai grandi à la campagne et toujours été en contact avec les bêtes. Je voulais être indépendant, pouvoir gérer mon travail comme je l’entends et être vraiment responsable. Et puis je trouve les chèvres tellement attachantes…

C’est quoi ce métier ? Bûcheron

Martial Labrosse est bûcheron installé à son compte depuis mai 2009 sur la commune de Clermain. Rencontre avec un
jeune entrepreneur passionné par le travail en forêt.

Quel est votre parcours ?

J’ai baigné dans le bûcheronnage depuis tout jeune puisque mon grand-père et mon grand-oncle était dans le métier. Après avoir effectué un BEPA et un Bac pro au lycée forestier de Velet, j’ai ensuite travaillé pendant 3 ans ½ en tant qu’ouvrier bûcheron à Pontarlier (Haut-Doubs). J’ai ensuite eu envie de m’installer à mon compte pour être plus autonome. J’ai donc créé une EURL en mai 2009.

En quoi consiste votre métier ?

Mon travail consiste à abattre des arbres et à les façonner à la demande. Le façonnage consiste à couper les arbres à la longueur désirée par le client en fonction du devenir des arbres et des contraintes de transport. Mes clients sont des scieries et des exploitants forestiers. Je travaille dans un rayon de 150 km autour de Clermain c’est-à-dire de la côte roannaise jusqu’au Morvan. Pour cela, je dispose de tronçonneuses, d’un merlin et de coins. Le port d’équipement de sécurité est important notamment le casque car le bruit des tronçonneuses est important (jusqu’à 115 décibels).

Comment s’est passée cette installation ?

Pour s’installer en tant que bûcheron, les démarches administratives sont très longues ; j’ai mis près de 6 mois pour finaliser mon installation entre les banques, les démarches au tribunal du commerce, le passage devant une commission d’installation… Avant de m’installer définitivement, j’ai démarché des clients, j’avais prévu du travail pour les 2 mois suivants. Maintenant, mon entreprise démarre et je dois donc me faire connaître. Quand je travaille une coupe de bois, je me renseigne sur les coupes voisines qui pourraient être à faire prochainement. Pour l’instant, j’ai plusieurs coupes qui sont planifiées ; j’ai même embauché un jeune de la région depuis quelques semaines.

Comment voyez-vous l’avenir de votre profession ?

Il y a de moins en moins d’élèves dans les lycées forestiers. Ce travail est dur physiquement notamment à cause des conditions météo – il est par exemple difficile de travailler les arbres quand ils balancent à cause du vent – les articulations peuvent souffrir des changements de temps. Pour s’installer, il faut être très motivé et avoir de bons contacts et surtout ne pas oublier les règles de sécurité. Pour moi, il est important de ne pas tourner le dos aux autres bûcherons car ce sont des collègues ; il y a du travail pour tous. C’est un métier plaisant pour les personnes qui aiment travailler à l’extérieur !