Taizé 2016 : la fraternité humaine, moteur de toute une communauté

Le frère Roger avait imaginé la communauté de Taizé comme une parabole de communion, ferment de réconciliation dans la famille humaine. Les 75 ans de la communauté ont été célébrés en 2015, plusieurs belles commémorations avaient alors honoré la mémoire de son fondateur, 100 ans après sa naissance et 10 ans après sa mort.

Animés par ce même esprit, tous les frères, autour de frère Alois ; prieur de la communauté, veillent depuis à la lumière de l’Évangile, à faire perdurer leur engagement pour la solidarité humaine et ceci de manière très concrète.

Être au plus près de ceux qui souffrent

Frère Alois, s’est rendu au Liban et en Syrie début 2016. Il a visité des camps de réfugiés et y a recueilli une famille syrienne qui est aujourd’hui installée à Ameugny. Deux autres familles du Moyen-Orient ont aussi trouvé refuge.

Deux sont chrétiennes, une musulmane. La communauté a également accueilli, tout d’abord un groupe de jeunes venus de Calais, Soudanais, Erythréens et Afghans, tous musulmans suivis par un groupe de 16 mineurs isolés arrivés en novembre. « Il y a toujours eu une grande volonté de la communauté à tenter d’être au plus près de ceux qui souffrent, au plus près de ceux qui sont en difficulté » exprime frère David.

Un été de réflexions et de grande amitié fraternelle

L’été 2016 a été aussi l’occasion, comme chaque année, de recevoir à Taizé plusieurs milliers de jeunes venus du monde entier et d’accueillir de plus en plus d’experts pour débattre de sujets d’actualité. Les jeunes ont chanté ou joué d’un instrument pour mieux faire connaître leur pays. Ainsi, cette fête des nations quotidienne, particulièrement joyeuse et animée, a montré une image d’unité et de grandes amitiés fraternelle.

Le partage et la tolérance ont aussi guidé les interventions de l’association Coexister, mouvement des jeunes de différentes religions et convictions. Une rencontre a été organisée avec Jérôme Vignon, président de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale, et des membres de l’association Lazare qui propose des colocations avec les personnes à la rue.  « Les jeunes ont été sensibles à ces témoignages positifs de réussite. Leur questionnement porte sur ce qu’ils peuvent faire à leur niveau et ce que font les institutions, et notamment l’Europe, par rapport à la pauvreté et l’invisibilité sociale » explique Jérôme Vignon. La prochaine rencontre pour les jeunes de 18 à 35 ans aura lieu du 20 au 27 août 2017 à Taizé.

Martine Magnon

Taizé : une année particulière pour que vive l’héritage

De 1940 à 2015… En août 1940, au début de la Seconde Guerre mondiale, frère Roger arriva dans le village de Taizé. À tout juste 25 ans, il posait les fondations d’une communauté qu’il imaginait comme une parabole de communion, ferment de réconciliation dans la famille humaine. Il est mort le 16 août 2005, à l’âge de 90 ans, tué par une déséquilibrée pendant la prière du soir de la communauté. Aujourd’hui, la communauté se compose d’une centaine de frères, catholiques et de diverses origines protestantes de près de trente pays. En vue de 2015, frère Aloïs, son successeur, a suggéré un chemin de trois ans pour renouveler, à la lumière de l’Évangile, l’engagement indéfectible pour la solidarité humaine.

Le 12 mai, jour où frère Roger aurait eu 100 ans

Des veillées ont eu lieu dans toute la région et à Taizé, dans un élan intergénérationnel, mais en toute simplicité, entre rencontres et ateliers. Son héritage a été porté tout au long de la journée en une commémoration qui ne se veut pas du passé. Les membres de la communauté, tout en restant fidèles au message de leur fondateur, s’attachent aujourd’hui à traduire la solidarité en actes. « Anticiper la réconciliation entre chrétiens » et « provoquer un échange des dons » sont les valeurs sources de Taizé dans une vision d’unité et d’œcuménisme. « Les nombreux jeunes que nous voyons sont plus inquiets de leur vie et cherchent à lui donner du sens. Nous devons être des hommes d’écoute et offrir un climat de confiance en puisant dans les sources de la foi », indique frère Alois. « Les pèlerinages de confiance sur la terre aux quatre coins du monde montrent des attitudes plus solidaires envers les plus démunis, plus simples et plus fraternelles, comme l’action des petites fraternités provisoires ».

Un été de célébrations

Comme chaque année, les rencontres internationales rassemblent des milliers de jeunes. Tous les frères vivant en fraternités sur les différents continents rentreront à Taizé en même temps et toute la communauté sera réunie pendant quelques jours. Du 9 au 16 août, le grand « Rassemblement pour une nouvelle solidarité » a vu de nombreux forums avec des témoins engagés dans les questions sociales, migratoires ou environnementales, fête des peuples avec chants, ateliers d’art de wanagi Tacanku – La voie céleste, un nouveau lieu. Une prière d’action de grâce le dimanche 16 août a rassemblé en outre une centaine de responsables d’Églises et des représentants d’autres religions. Le 4 octobre, le diocèse conclura cette belle année. Sept mille personnes sont attendues à la grande table familiale de Taizé. Mgr Rivière ouvrira le synode diocésain.

« Le goût des autres » : Des nouveaux habitants très engagés

Pierre-Marie et Bastien se font des nouveaux amis

Bastien Wolff travaillait dans le secteur et cherchait une maison. Le jeune couple s’installe en Bourgogne et c’est lorsque leur premier enfant va à l’école qu’enfin des relations se nouent avec d’autres parents d’élèves. Un jour, Frédéric Le Gallée, alors président de l’amicale, le coopte pour aider à l’organisation d’événements. Voici Bastien en piste pour faire connaissance avec de nombreuses personnes et cultiver au mieux ses relations.
Pierre-Marie Duriez souhaitait jouir de sa retraite en s’installant à mi-chemin entre Paris et les Alpes. Il a trouvé sa maison à « Blanchizet », en juin 2012. Invité au pot d’accueil et au repas des nouveaux arrivants offerts par l’amicale lors du traditionnel méchoui d’été, il est accueilli chaleureusement par Jean Quelin, figure emblématique, d’un naturel curieux et ouvert, très attaché à la vie du village, toujours prêt à aider aux manifestations. Ainsi, Pierre-Marie installe et désinstalle d’emblée.

Bonjour, bonsoir, et plus encore

Bastien Wolff est devenu président de l’amicale et Pierre-Marie membre du bureau. Ce dernier est également conseiller municipal et président de l’association Etap à Cluny. Tous deux œuvrent aux rencontres qui apprennent à mieux se connaître et à y trouver plaisir. Le 6 septembre prochain, ils invitent les Sanpognards à un gros pique-nique du village. « Je suis marqué par le goût du bonjour-bonsoir qui peut aller à plus », dit Pierre-Marie. « J’aime les gens et je considère qu’un bon moment est celui partagé avec les autres », complète Bastien.
Ils ont su trouver du soutien et espèrent bien innover vers d’autres manifestations conviviales.

Saint-Pierre-le-Vieux : un si bon mental

Saint-Pierre-Le-Vieux se situe en frontière du Rhône, en limite basse de la Bourgogne du Sud. Est-ce parce que ce joli village de montagne est des plus excentrés et l’un des plus hauts que celui-ci, doté de forces naturelles, développe un mental aussi précieux? Son âme, que tous soulignent, du plus jeune au plus âgé, semble nourrie aux valeurs de l’enracinement et d’histoire transmise, de solidarité, d’engagement et d’actions vivaces. Cette âme est évoquée aussi bien par les habitants nés à Saint-Pierre que par les nouveaux arrivants qui l’ont d’emblée adoré et ont adopté son état d’esprit.

Saint-Pierre-le-Vieux revendique haut et fort sa ruralité

Il semble ne pas avoir beaucoup bougé et cependant il s’est adapté. «?Rien n’a disparu des hameaux et écarts, trente-quatre lieux-dits habités, s’égrenant au flanc des vallons le long de la vallée, balayés parles cinq vents selon les jours?» peut-on lire dans Le Cahier d’histoire n°?7 sur les hommes et les femmes de Saint-Pierre-le-Vieux 1878-1972, car ce village entretient sa mémoire par la publication de merveilleux moments de vie.
Quinze agriculteurs pour 350 habitants sont là très accrochés à leur terre. 900 ha cultivés et cultivables ; un ratio aussi élevé que Tramayes et Matour ; beaucoup de hors-sol, car il faut essayer de se débrouiller pour cause de guerre des terres !
Des travaux réguliers dans la commune donnent vie au centre Bourg. Poursuivant l’opération « Cœur de village » qui a vu la rénovation des maisons et de la Place, une nouvelle bibliothèque et une nouvelle agence postale communale viennent d’être livrées. Un soin tout particulier est mis sur l’embellissement, l’accessibilité et les économies d’énergie notamment pour l’éclairage public.
Les enfants des écoles sont aujourd’hui en augmentation. Quarante-et-un répartis en cinq classes de maternelle, CE1 et CM1, sont accueillis à l’école. Beaucoup fréquentent la cantine qui propose des menus équilibrés et de saison.
Des nouveaux venus ou des enfants du pays achètent des maisons à rénover ou font construire. «?La greffe prend?» indique Charles Belicard, maire de Saint-Pierre. Un boulanger, un traiteur, un verger bio ainsi que des artisans offrent leurs services.
Les messes ici sont bien chantées grâce à la forte implication de la chorale. La Jac en son temps a éveillé les esprits et a laissé des traces.

Des associations dynamiques

De belles manifestations réputées sont ancrées dans l’agenda du village. Le rallye pédestre, le feu d’artifice et la fête patronale, la fête du boudin, tout cela est l’œuvre des nombreuses et dynamiques associations qui font preuve d’un grand savoir-faire, d’une étonnante solidarité et d’un bénévolat important,

La préparation du boudin
La préparation du boudin

comme l’amicale des anciens élèves (comité des fêtes), les aînés ruraux qui regroupent 86 personnes pour des rencontres et sorties une fois par mois, mais aussi les associations, « Saint Pierre en fleurs », de la chasse, des anciens combattants, des veuves de guerre, de la cantine et les conscrits. Chacun se sent investi dans la vie du village.

La sampierrade, une formidable réussite

Cette journée de rencontres et de retrouvailles en 2011, sur fond d’histoire et de généalogie, a été une inoubliable occasion de réunir 1 200 personnes à Saint-Pierre.
Au-delà de ce formidable événement, il faut retenir la mobilisation impressionnante des habitants pour le travail préparatoire sur deux années. Il y eut de nombreuses conférences et des ateliers ont permis de se retourner et voir le chemin parcouru. Aujourd’hui, les saynètes en patois perdurent, les actes et photos prêts à être publiés et de nouvelles conférences sont en préparation pour 2013 : Agriculture mondiale, agriculture à Saint-Pierre-le-Vieux et alentours : enjeux d’hier (1960-2012) et de demain (2050-2060).
Du passé au futur, chez lui et autour de lui, ce village sait puiser dans ses racines et regarder vers l’avenir pour tracer son sillon et vivre harmonieusement son époque.

Témoignages de nos anciens… et de la jeunesse

«?Le hameau, c’était la famille?»

Françine Perret (93 ans) et Marie Lamain (88 ans) : « On vit bien à Saint-Pierre, il y a une bonne entente, une bonne entraide. «?On en a besoin de deux, il en arrive dix?», disait Louis Alloin. Nous avons eu un travail dur de paysan. Le dimanche, c’était messe puis en champ aux chèvres et s’occuper des vaches. Nous aimions les fêtes, comme celle des

On vit bien à Saint-Pierre
On vit bien à Saint-Pierre

rois et celle d’été où les nouveaux mariés de l’année devaient sauter par-dessus le grand feu de la Saint Jean sur la route, le bal dans les bistrots et les veillées aussi, pour défouiller le maïs, tiller le chanvre, casser les noix et raconter des histoires. Nous nous rappelons que seuls les hommes siégeaient au banquet des conscrits. Il y a 17 ans, le maire Jo Briday a été le premier à inventer la fête du boudin afin de recueillir de l’argent pour les fleurs de la commune. Ce fut une riche idée car cette fête existe encore et nous en sommes fières. Nous aimons beaucoup notre village. »

“On est bien à Saint-Pierre”

Antoine B. et Arnaud D. entourent un de leurs amis
Antoine B. et Arnaud D. entourent un de leurs amis

Antoine B. et Arnaud D. (17 ans) : « Nous avons l’âge du boudin. On est bien à Saint-Pierre grâce à la vie associative très dynamique. Nous sommes enracinés ici. Sans doute, nous partirons pour voir et découvrir d’autres choses mais nous reviendrons. Nous apprécions de nous retrouver les fins de semaine au stade de foot et aussi pour aider les adultes à la préparation des fêtes. »

« S’engager pour plus de solidarité »

n°83 – Mars 2012

C’est le message essentiel que délivre inlassablement frère Aloïs et la communauté de Taizé. A Berlin, où s’est tenu fin décembre, le « 34e pèlerinage de confiance sur la terre », 30 000 jeunes de tous pays dont 15 000 Français, dans 21 langues traduites, ont réfléchi et prié ensemble.
Des carrefours sur de nombreux thèmes spirituels, sociaux, économiques… et les visites organisées pour eux, par les paroisses d’accueil, aux prisons, maisons de retraite, à la Grande Mosquée et au Bundestag ont laissé des traces. Ce rassemblement à Berlin, ville au passé muré – douloureux -, s’est voulu symbole d’une Europe unie et solidaire, au moment où celle-ci tangue. Au présent où les jeunes attendent de leurs guides d’être aidés à s’ouvrir des possibles pour leur vie, il leur a permis de s’écouter, de découvrir d’autres expériences et de s’engager à leur mesure là où ils vivent.
Ceci peut être entendu par tous les chrétiens, jeunes et vieux, et des exemples d’engagement et de confiance existent dans les paroisses : bol de riz pour les déboutés du droit d’asile ou pour les sinistrés d’Haïti, suivi des voyages faits par des jeunes au Pérou au pays d’Edwin Colque… Frère Aloïs dit aussi « La confiance n’est pas naïve ou facile, elle est un risque. »

Lire le bulletin (PDF)

Prêtre de la paroisse aux 13 clochers

Jean Pierre Leconte vient d’être reconduit pour cinq ans par Mgr Rivière, évêque d’Autun, comme curé de la paroisse des Saints-Apôtres en Haut-Clunisois.

Parlez-nous de votre vocation

Je suis l’aîné de trois enfants. Né à Rouen, je suis venu vivre avec ma famille à Mâcon où mon père était ouvrier.
Ma vocation est venue tôt vers 16-17 ans mais mon père a vécu ce choix comme une trahison. Pour lui, bien que respectueux des personnes engagées auprès des plus pauvres, les prêtres vivaient aux crochets de la société. Pour ne pas le heurter, j’ai suivi ma scolarité puis devancé l’appel. Ainsi j’étais plus âgé pour montrer ma détermination à rejoindre le séminaire d’Autun.
Mes parents étaient présents lors de mon ordination à 27 ans en 1963. J’ai été successivement vicaire à Cluny en 1968 puis à l’aumônerie générale des lycées de Chalon-sur-Saône.

« Prenons la vie comme elle est! »

 

A Paris durant trente années

J’ai rejoint l’institut pastoral catéchétique pour apprendre et enseigner. Autonome financièrement, j’ai pu acquérir la maison de mon grand-père maternel à Saint-Point. L’enseignement de la catéchèse à des prêtres de toutes nationalités a beaucoup ouvert mon esprit, j’ai progressé également au contact de figures de l’Église et grâce à la sociologie, pour devenir plus respectueux de la liberté de chacun, selon son choix de vie et ses propres valeurs.

De retour au pays

A l’âge de la retraite, je me suis senti disponible et prêt à m’installer dans ma région et à retrouver le diocèse d’Autun. Les mentalités avaient évolué paisiblement, j’ai trouvé une équipe d’animation pastorale solidaire et dynamique. «?Nous avons à cœur de mettre en valeur ce que font les gens et soignons particulièrement le bulletin paroissial.?»