Homélie des Cendres


Le texte d’évangile est construit sur un plan et un rythme très précis. Il y a 3
vagues qui sont tout un programme de vie, tout un programme pour vivre ce
temps de Carême qui nous est donné. Il y a l’aumône, la prière et le jeûne.
D’abord, il nous est précisé ce que l’on ne doit pas faire. C’est la partie
négative : c’est-à-dire tout faire pour bien se montrer, pour avoir une belle
image de soi auprès des autres : se donner en spectacle, se montrer aux autres,
et prendre une mine défaite pour bien se montrer. Et la conclusion tombe,
toujours la même : « Ceux-là ont reçu leur récompense ». Jésus démonte ce qui
est parfois notre attitude : faire de belles choses mais pour se faire bien voir,
pour cultiver sa belle image. C’est vrai que ça fait plaisir : la récompense est
donnée, si les autres trouvent que nous sommes des gens bien, c’est toujours
bon à recevoir ; pas besoin d’autre chose. Jésus ne dit pas que c’est une
mauvaise chose ; il invite simplement à aller au-delà, au plus profond, plus en
vérité…
Vient alors une deuxième invitation bien différente : mais toi… Il s’agit d’entrer
dans la vérité du geste, le véritable engagement intérieur, le secret intérieur. :
donner dans la secret, prier dans lez secret, jeûner dans le secret. C’est ainsi
que peut se construire une relation vraie avec Dieu, qui peut alors s’appeler
véritablement Père…On n’est plus dans la façade, le look, on peut entrer dans
la relation. Ton Père qui voit dans le secret te le rendra… Il ne s’agit pas
tellement de récompense, de bon-point. Il s’agit d’une relation vraie d’amour,
d’échange. L’amour de Dieu le Père viendra combler notre vie.
Et les trois invitations vont ensemble. Le partage, l’attention aux autres, la
charité va avec la prière personnelle ou communautaire et avec le jeûne, la
privation, le choix de vie pour vivre une relation vraie avec Dieu et avec les
autres. Relation avec soi, avec Dieu, avec les autres… trois dimensions qui vont
ensemble et qui sont signes de relation d’amour avec le Père…
Voici tout un programme pour ce temps de Carême… tout cela n’est pas fait
pour nous embêter, au contraire… Sortirons-nous un jour de cette dimension
négative du Carême. Ce temps nous est donné pour purifier, pour avancer dans
la vérité et la profondeur de nos relations avec Dieu et avec les autres… ouvrir
notre cœur. Chacun personnellement, et ensemble nous pouvons répondre à
l’invitation. Et l’amour du Père nous sera encore plus rendu.

Homélie du 31 janvier 2021

par René Aucourt

Aujourd’hui dans ce passage d’Evangile, Jésus enseigne. Le mot enseignement, enseigner revient comme un refrain tout au long du texte. Jésus se présente comme celui qui parle dans une synagogue, à Capharnaüm. Mais tout de suite, il est précisé que son enseignement est bien particulier. Il fait autorité, ou plutôt sa personne fait autorité. Et en plus son enseignement est nouveau. Il apporte de la nouveauté.

Mais Jésus ne fait pas que parler. Il agit. Son enseignement ne consiste pas en des paroles accumulées mais il met en œuvre, il agit. Il s’attaque directement au mal. Il y a un combat entre l’esprit impur symbole du mal, et celui qui est reconnu justement par cet esprit impur comme le Saint de Dieu. Et c’est le Saint de Dieu qui va gagner, qui va faire taire le mal qui ne pourra alors ne faire qu’une seule chose : sortir. Il est plus fort que le mal, il peut lui donner des ordres et le mal doit obéir. C’est ainsi que se révèle la nouveauté de l’enseignement de Jésus. Il fait effectivement taire le mal qui occupe le cœur de l’homme. Jésus vient le libérer.

Accueillons aujourd’hui encore cette nouveauté et cette autorité. Laissons-nous étonner. Laissons le Seigneur venir nous libérer. Reconnaissons-le comme celui qui vient faire taire le mal dans nos vies, dans le cœur de tout homme. Par notre baptême, nous participons à cette action du Christ. C’est lui qui nous l’a dit et qui nous envoie pour en vivre. Cela nous avons du mal à le croire…. Nous sommes chargés avec le Christ et grâce à lui de libérer l’homme enchaîné. Le croyons-nous vraiment ? Ne nous évadons pas dans des images spectaculaires. Mais simplement, dans nos quotidiens, dans ce qui fait notre vie, prenons conscience de notre mission de libération, à la suite et avec le Christ. Nous savons qu’une parole peut vraiment libérer. Regardons notre vie et nous trouverons des exemples simples mais bien réels… une parole, un geste, une attention, un engagement, une aide concrète, une prière… et quand le mal semble occuper toute la place, que nous ne pouvons rien faire, n’hésitons pas à tout remettre entre les mains de celui qui est venu nous sauver de tout mal. Vivons, avec lui et à sa suite, de l’autorité et de la nouveauté qu’a apportée le Christ Jésus.

Homélie du 24 janvier 2021

par René Aucourt

Ce passage d’Evangile peut nous paraître un peu trop simple, voire simpliste : Jésus passe, il appelle ; Simon et André, Jacques et Jean  quittent tout, ils le suivent. Ces étapes sont des résumés et nous disent bien la radicalité de l’appel et de leur réponse. Il y a une démarche fondamentale qui engage toute la vie.

Les futurs disciples sont présentés sommairement. Ils sont frères, ils ont un métier précis et ils sont en train de l’exercer. C’est donc au cœur de leur vie quotidienne, de leurs relations, de leur travail, de ce qui fait leur vie qu’ils sont appelés. L’appel du Seigneur vient nous rejoindre nous aussi dans notre quotidien. Il n’est pas en dehors, dans un monde imaginaire. L’appel de Dieu résonne toujours au cœur de notre vie, très concrète.

Cet appel est traduit par ces mots : « je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes. » Il y a donc à la fois un changement, il s’agit bien de devenir, de changer et une continuité : c’est toujours dans la pêche qu’ils font s’investir. Celui qui reçoit l’appel va donc bien rester ce qu’il est… il ne va pas perdre sa personnalité. Et pourtant il va changer, il va évoluer, il va devenir. Il est appelé à inventer une nouvelle vie. Répondre à l’appel de Jésus nous permet de mieux découvrir et être ce que nous sommes vraiment. Il nous met en route, il nous fait devenir.

Et cet appel est un appel à suivre Jésus le Christ. C’est lui le seul Maître, c’est lui qui passe le premier et le disciple va marcher derrière lui. Cette suite implique des choix.  Il y a le petit mot « aussitôt » répété plusieurs fois. Suivre le Christ ne permet pas de regarder en arrière. C’est un avenir qui est toujours proposé.

Le Christ Jésus continue d’appeler aujourd’hui. Bien sûr nous pensons aux vocations de prêtres ou de religieux, religieuses… mais c’est à chacun d’entre nous que l’appel est lancé aujourd’hui. Au cœur de ce qui fait notre vie, avec tout ce que nous sommes, Jésus nous invite à inventer avec lui un avenir. Cet appel, nous pouvons le découvrir en lisant ensemble la Parole. En ce dimanche de la Parole, nous sommes invités à l’accueillir à nouveau comme une Parole de vie et non pas comme des mots difficiles à comprendre, ou bien d’un autre âge. C’est aujourd’hui qu’elle résonne dans nos vies. Parole de vie, Parole de devenir…

Homélie du 17 janvier 2021

par René Aucourt

Au début et à la fin de ce passage d’Evangile, il est question de « poser son regard »… d’abord Jean Baptiste pose son regard sur Jésus, puis à la fin c’est Jésus qui pose son regard sur Simon. Poser son regard, c’est-à-dire porter de l’attention, entrer en relation et se mettre en recherche, vouloir construire quelque chose de solide, une relation forte. Jean le Baptiste est comme nous. Il cherche à comprendre. Il voit Jésus qui va et vient. Il veut comprendre le pourquoi de la vie de Jésus et il va même jusqu’à le montrer et l’appeler : « Agneau de Dieu » c’est-à-dire celui qui est attendu depuis longtemps et qui va donner sa vie comme un agneau offert en sacrifice. Ce Jésus est vraiment celui qui vient se donner, s’offrir pour toute l’humanité. C’est bien normal alors de poser son regard sur lui.

Plus loin, c’est Jésus lui-même qui porte son regard sur Simon. Il crée une relation avec lui et il va aussi lui donner un nom : « tu es Simon, tu t’appelleras Pierre. » Jésus reconnait ainsi cet homme et l’appelle pour le suivre. Il pose un regard d’amour qui est une invitation pour devenir disciple, un véritable ami pour partager avec lui sa mission, son annonce de la Bonne Nouvelle. Jésus pose un regard qui est un envoi.

Nous pouvons bien nous retrouver chacun dans cette attitude à un moment ou à un autre de notre vie. Nous aussi, nous cherchons. Nous avons besoin de trouver du sens à ce que l’on vit, ce que l’on fait. Nous ne pouvons pas simplement aller et venir. Il nous faut donner un sens, répondre au pourquoi. Alors nous posons nos regards en attente de mieux comprendre notre vie, notre histoire, notre époque… et les questions ne manquent pas dans ces jours que nous vivons. Nous avons besoin de reconnaître que quelqu’un est venu et vient aujourd’hui porter avec lui ce qui fait notre vie et lui donner un sens et un allant. Nous avons besoin de reconnaître que Jésus est cet Agneau de Dieu qui a donné sa vie pour nous et qui continue de le faire. Nous avons besoin de tourner, de poser notre regard sur lui.

Mais il ne faut jamais oublier non plus que Jésus lui-même en fait autant avec nous. Il pose son regard sur chacun d’entre nous et il nous choisit, il nous envoie, il nous pousse. Il nous donne mission pour tous les hommes. Son regard ne condamne pas, n’enferme pas dans le passé ou les erreurs. Son regard est positif, il nous met en avant. Son regard est toujours posé sur nous, non pas pour nous surveiller ou nous punir… au cas où… non il est là pour nous accompagner… C’est un regard qui voit dans l’avenir. Il nous dit qui nous sommes et il nous appelle…

Messes de Noël

Noël 2020

 Dans chaque lieu le nombre de places est limité… il ne sera plus possible d’entrer lorsque toutes les places seront occupées… les gestes barrières seront strictement respectés… merci pour votre compréhension…  

Messes de la nuit

18h30 : Notre Dame à Cluny

20h : Cormatin

20h30 : Tramayes

20h30 : Salornay

21h : Notre Dame à Cluny

21h : Taizé

Messes du jour de Noël

9h : Récollets à Cluny

10h30 : Notre Dame à Cluny

10h30 : Dompierre les Ormes

10h30 : Cormatin

Homélie du 13 décembre 2020

par René Aucourt

Dans la première lecture, le prophète Isaïe annonçait : «Comme la terre fait éclore son germe, et le jardin, germer ses semences, le Seigneur Dieu fera germer la justice et la louange devant toutes les nations. » A travers cette réalité de notre terre, nous pouvons rejoindre tout le mystère et la profondeur de ce temps que nous vivons à l’approche de Noël. Oui il y a dans notre monde des germes et des semences. Nous avons souvent bien du mal à les voir. Nous sommes plus marqués par des peurs ou des constats de mort et de désolation au cœur de notre hiver. La période difficile que nous traversons ne nous incite pas à remarquer ce qui pousse, ce qui grandit. Pourtant, changeons notre regard. Nous pourrons surement découvrir des germes de paix, des semences d’amour… à travers tel ou tel geste de solidarité ; à travers le respect de la nature et de la création ;  ce qui se prépare pour les fêtes de Noël à travers par exemple ces paniers solidaires préparés par le Secours catholique ; à travers une attention aux personnes isolées ;  à travers une pensée pour tous ceux qui vivent difficilement l’isolement forcé… A chacun de continuer la liste. Elle peut être longue. Oui, dans notre monde blessé aujourd’hui, des semences et des germes apparaissent.

Ces germes deviennent pour nous des signes. Dieu lui-même est à l’œuvre. C’est lui qui fait germer la justice et la gloire. C’est lui qui vient nous la donner d’une façon unique dans la venue de son Fils Jésus. Oui la gloire de Dieu, c’est-à-dire son être profond nous est partagé, donné. Et Isaïe le promet c’est devant toutes les nations. Il ne s’agit pas seulement d’un petit cadeau réservé à une personne, voir même à un peuple. Non, tous les peuples, toute l’humanité, toutes les générations peuvent accueillir et bénéficier de ce fruit qu’est le Christ Sauveur. Il est venu au milieu de nous et c’est le monde entier qui en est transformé. Le monde n’est plus enfermé dans la mort. Par sa résurrection, la vie est promise. Les germes peuvent produire des fruits.

On dit que cette année, par la réalité de la situation, nous sommes contraints de revenir au vrai sens de Noël. La fête et la joie seront présents mais d’une façon plus profonde, plus vraie. Certains disent que nous sommes invités à vivre une sobriété heureuse. Dans la simplicité, ouvrons nos yeux et nos cœurs pour découvrir ces germes et ces semences. Oui le Seigneur Dieu fait germer sa justice et sa gloire devant toutes les nations.

Homélie du 6 décembre

Dans cette étape dans le temps de l’Avent, un nouveau personnage, un nouveau témoin nous est proposé : Jean le Baptiste. Comme son nom l’indique, il baptise. Mais il le fait pour se préparer, pour se purifier. Il baptise dit-il avec de l’eau. C’est une étape, mais il y en aura une autre, plus importante, plus complète. Jean Baptiste se présente toujours comme celui qui annonce la venue d’un autre. Il le montre, et il s’efface derrière lui. Cet autre qui va venir est plus grand, plus fort que lui. Lui, il ne fait que l’annoncer, que préparer son chemin. Lui, il le montre et il s’efface derrière lui.

Jean- Baptiste est un modèle pour nous, dans ce temps de l’Avent. Nous sommes à notre place chargés d’annoncer ce même Seigneur, de le montrer. Nous ne sommes pas à notre compte, nous ne sommes pas propriétaire du Christ Jésus. Il est l’Autre que nous attendons. Il nous dépasse, il nous surprend, il est plus grand que nous. Jean Baptiste est le dernier des grands prophètes, c’est à dire de ceux qui parlent au nom de Dieu. Nous sommes de par notre baptême également prophètes. Nous sommes chargés de parler au nom de Dieu, de dire, de montrer ce Dieu qui vient faire toutes choses nouvelles. Et il y a tant à faire, tant à annoncer. Les chemins sont bien souvent tordus. Il y a des ravins, des escarpements. Notre monde a tant besoin de cette Bonne Nouvelle. Nous sommes dans ce temps si particulier où l’approche des fêtes de Noël nous réjouit, mais où la peur et la violence se sont bien installées dans notre monde. Alors, comme le prophète Isaïe, comme Jean- Baptiste, qu’allons-nous annoncer pour notre monde tel qu’il est ? Ne faut-il pas redire ce qu’est le sens profond de Noël pour nous ? Une fête évidemment, mais pourquoi faire la fête, pourquoi se réjouir ensemble ? Il nous faut rendre compte de notre foi, dans le respect de chacun bien sûr… mais n’est-ce pas urgent de dire explicitement ce qui fait notre foi ?

Oui, nous croyons que Dieu est entré dans notre histoire. Il est venu prendre nos chemins et il est venu ouvrir un possible, inaugurer un monde nouveau. Ce monde nouveau est commencé et il est toujours à accueillir. A la suite de Jean- Baptiste et comme lui, élevons la voix avec force pour porter la Bonne Nouvelle au monde. Dieu prend soin de chacun…

Offrande de quête en ligne

Quelle que soit l’évolution des conditions d’exercice du culte, le confinement dans lequel nous nous trouvons empêchera nombre d’entre nous de se rendre à des célébrations dans leur église.

Comme durant le printemps, la quête se trouvera très réduite. Nous sommes si nombreux à faire ce petit don hebdomadaire qu’il représente une proportion importante des ressources de notre Église. Le diocèse met votre disposition un moyen électronique pour « remplacer » votre offrande habituelle de quête. Pour apporter votre soutien, rendez-vous sur le lien suivant : https://quete.catholique.fr/?reserved_diocese=AUTUN&reserved_paroisse=Matour-Sts-Apôtres

Merci d’avance de continuer dans cette fidélité.

Homélie du 25 Octobre 2020

Par René AUCOURT

A la lecture de cet évangile, on a envie de dire : on connait par cœur. Le texte est si connu. Mais ne faut-il pas le découvrir à nouveau dans toute sa fraîcheur et sa nouveauté. C’est vrai d’abord que les deux phrases données par Jésus ne sont pas nouvelles. Elles se trouvent dans l’ancien Testament. Il y a d’un côté celle qui concerne l’amour de Dieu et plus loin celle qui concerne l’amour du prochain. Mais Jésus apporte une nouveauté radicale. Il rapproche les deux phrases : et le second lui est semblable… plus que rapprocher, il les met à égalité. Il en fait un seul commandement. Il n’y a plus désormais d’un côté le commandement de l’amour de Dieu et d’un autre celui du prochain. C’est bien le même et unique commandement. L’amour de Dieu et l’amour de l’autre vont ensemble et ne peuvent pas se séparer ni même s’opposer. Derrière la dimension de commandement se profile le visage de Dieu… Il ne s’agit pas d’aimer parce que c’est un ordre. Il s’agit d’entrer et de découvrir le visage de Dieu lui-même.  : un Dieu qui est compatissant disait la première lecture et un Dieu qui est libérateur, rocher, bouclier, sauveur disait le psaume. Ce Dieu là est proche et attentif, tout spécialement aux pauvres et aux petits. Il donne son amour à chacun, sans aucune limite, sans frontière. Ce Dieu nous pouvons l’aimer : je t’aime Seigneur ma force, avons-nous chanté. Ce Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils Jésus. Ce même amour est déposé dans le cœur de tout homme. C’est ce même amour, cet amour qui a sa source en Dieu qui ne peut que rayonner et se donner en aimant les autres. Il ne s’agit pas de répondre à un ordre, il s’agit d’entrer dans un amour qui fait vivre. A l’image et à la suite du Christ Jésus, nous pouvons alors aimer et unifier notre vie dans cet amour.

Bien sûr, nous savons que ce n’est pas facile, pas simple. Il y a des personnes que nous n’arrivons pas à aimer, il y a aussi des situations de tensions, de conflits, de violence. Cet amour est toujours à inventer, à construire dans le cœur même de ce qui fait notre vie comme dans notre société. Notre société traverse des épreuves, des remises en cause et des inquiétudes sur l’avenir et nous les partageons, c’est bien normal. Le Pape François vient de publier une encyclique Fratelli Tutti et le sous-titre est tout un programme « sur la fraternité et l’amitié sociale »… Amitié sociale… une magnifique formule qui dit bien le défi de la fraternité aujourd’hui. C’est vrai qu’il fait un constat plutôt sévère de tous les manquements à l’amour mais il affirme aussi fortement : « 55. J’invite à l’espérance qui « nous parle d’une réalité qui est enracinée au plus profond de l’être humain, indépendamment des circonstances concrètes et des conditionnements historiques dans lesquels il vit. Elle nous parle d’une soif, d’une aspiration, d’un désir de plénitude, de vie réussie, d’une volonté de toucher ce qui est grand, ce qui remplit le cœur et élève l’esprit vers les grandes choses, comme la vérité, la bonté et la beauté, la justice et l’amour. […] L’espérance est audace, elle sait regarder au-delà du confort personnel, des petites sécurités et des compensations qui rétrécissent l’horizon, pour s’ouvrir à de grands idéaux qui rendent la vie plus belle et plus digne ». Marchons dans l’espérance ! »

Homélie du 18 Octobre 2020

Par René AUCOURT

Le texte est connu : chacun aurait pu compléter la fin de cet évangile. Cette phrase a été largement commentée et utilisée. Elle a servi aussi bien pour dire la séparation de l’Eglise et de l’état que pour mettre à sa place la politique. Tout cela est juste, évidemment… mais ne faut-il pas regarder d’un peu plus près…

Les pharisiens et leurs disciples n’ont qu’un souhait : coincer Jésus. Ils veulent lui tendre un piège, montrer ses contradictions. La question est un piège qui se referme sur Jésus. A la question, faut-il payer l’impôt oui ou non… Jésus ne pourra pas échapper. S’il répond non, il sera considéré comme un rebelle contre les romains, un leader politique qui va venir libérer le pays de l’occupation romaine et s’il répond oui il sera vu comme un collaborateur des romains et un vendu au pouvoir en place. Jésus n’entre pas dans cette alternative… ni oui, ni non. Il renvoie, comme toujours à la personne elle-même. Il demande de voir une pièce et ils lui en montrent une. Autrement dit, ils sont obligés de se compromettre : ils ont bien une pièce sur eux, dans leur poche. Ils ne peuvent pas échapper. Et plus profondément encore, Jésus renvoie à une affirmation fondamentale qui vient éclairer bien sûr notre propre vie. Il renvoie à l’effigie, l’image. Sur cette pièce, quelle image est gravée, avec quelle inscription. Alors Jésus rappelle que l’homme a fondamentalement en lui une autre effigie, une autre image. Il est créé à l’image de Dieu. Il porte en lui au plus profond l’image de Dieu, on pourrait dire il est tatoué de Dieu. C’est son être profond. Il a en lui l’image des valeurs, de l’être même de Dieu. Il a en lui la bonté, le respect, la justice, la patience… Et on peut relire et reprendre toute l’histoire de la Bible pour y découvrir l’image de Dieu. L’homme est effigie de Dieu. Et pour nous chrétiens, nous croyons que nous en avons reçu le signe, la marque à notre baptême. Nous avons entendu à notre baptême : « tu es maintenant baptisé : le Dieu tout-puissant, Père de Jésus, le Christ, notre Seigneur, t’a libéré du péché et t’as fait renaître de l’eau et de l’Esprit Saint. Désormais, tu fais partie de son peuple, tu es membre du Corps du Christ et tu participes à sa dignité de prêtre, de prophète et de roi. » Voici donc l’effigie, l’image gravée en nous. Jésus nous redit aujourd’hui : qu’as-tu fait de ton effigie ? L’as-tu oubliée ? est-ce que tu lui donnes encore de la place ? laquelle ? Et il nous dit aussi aujourd’hui que cette image est toujours à offrir, à présenter, à partager. En ce dimanche de la mission, nous sommes invités à nous remettre en mission pour que l’effigie de Dieu soit proposée à chacun, à tout homme. Chaque génération est un nouveau continent à évangéliser. Le Seigneur aujourd’hui nous envoie.

Homélie du 13 Septembre

Pardonner ce n’est vraiment pas facile… c’est peut-être ce qu’il y a de plus dur à vivre. Si quelqu’un nous a fait du mal, nous sommes blessés et nous ne pouvons pas oublier, nous ne pouvons pas vivre comme si de rien n’était. Et souvent ces blessures nous rongent, nous rendent tristes et nous empêchent de vivre vraiment. Tous les blessés de la vie sont marqués profondément et souvent pour longtemps. Jésus nous dit aujourd’hui qu’il faut pardonner. On a envie de lui dire : pas possible. C’est au-delà de nos forces.

Jésus nous raconte alors une histoire, une parabole pour bien nous faire comprendre ce qu’il veut dire, son invitation. A travers cette image du maître, nous découvrons, nous devinons le visage de Dieu lui-même. D’abord il reconnait ce que le serviteur lui doit… il ne fait pas comme si c’était rien. Puis il est sensible à la demande : prends patience envers moi. Il est alors saisi de compassion. Dieu est pris au ventre, pris aux tripes. Il n’enferme pas l’autre dans ce qu’il a fait ou ce qu’il doit. Il lui offre un avenir… Le serviteur sinon n’aurait pas eu assez de sa vie pour rendre tout l’argent qu’il devait. Ce maître laisse partir, il rend la liberté. Il offre une autre solution.

C’est exactement cela le pardon. C’est reconnaître la faute bien sûr… et ce n’est pas si simple. Il y a parfois des attitudes qui font tout pour éviter cette reconnaissance du mal, de la blessure. Reconnaître puis offrir à l’autre une autre solution, ne pas l’enfermer pour toujours dans sa faute, offrir un avenir. C’est cela le chemin du pardon. C’est un chemin… il faut du temps et de la patience. Et ce chemin est si difficile, mais il est essentiel pour se libérer soi-même et pour permettre à l’autre d’avancer dans sa vie. Encore une fois, il ne s’agit surement pas d’oublier la blessure… pardonner ce n’est pas oublier. Et il s’agit toujours d’avancer lentement… on peut toujours dire : pour le moment je ne peux pas… mais la porte peut rester entr’ouverte.

Et Jésus nous ouvre encore une autre perspective. Il continue son histoire et il nous montre que ce serviteur pardonné a vite oublié qu’il l’était… on lui devait presque rien… quelques pièces d’argent… et lui reste inflexible et dur. Il a reçu le pardon, il ne l’a pas donné, partagé autour de lui. Jésus nous montre que, fondamentalement, chacun de nous nous sommes pardonnés et c’est ce qui nous permet toujours d’avancer, d’aller plus loin. Lui, le Seigneur nous offre son pardon, en permanence. C’est toujours à nous de le recevoir. Dieu nous voit toujours dans l’avenir. Il ne nous enfermera jamais dans notre passé. L’avenir restera toujours ouvert. Alors si le pardon est trop dur, impossible, nous pouvons toujours commencer par dire : moi, pour le moment, je ne peux pas, mais toi Seigneur fais-le… et moi je vais continuer d’avancer.

Le pardon est ce qui nous fait avancer. Nous sommes aimés pour ce que nous sommes. Nous pouvons toujours le partager…

Le Haut Clunisois n°117

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Dans la période d’incertitude que nous vivons, les spécialistes n’hésitent pas à élaborer des scénarios contradictoires.
Ils prennent la parole toujours avec certitude et ils ont bien du mal à dire : nous ne savons pas. L’avenir est par définition toujours incertain. L’inconnu fait partie de notre condition humaine. Mais en même temps
il est entre nos mains. Il sera aussi ce que nous en ferons.

L’avenir se construit aujourd’hui. Heureusement des personnes de plus en plus
nombreuses nous alertent sur l’état de notre planète et nous invitent à agir avec urgence. Il nous faut dès aujourd’hui apprendre à vivre dans une situation sanitaire particulière. La situation économique oblige à inventer des nouvelles formes d’échange, de justice pour que les exclus ne soient pas oubliés. Notre consommation doit aussi évoluer.
Le travail, l’invention, l’imagination ne doivent pas manquer. Pour les chrétiens, l’espérance ne manque jamais. Nous croyons que Dieu est entré dans le temps des hommes avec Jésus. Il est présent, vivant et il marche avec les hommes. Souvent Jésus parle de son Royaume qui à la fois est déjà là, déjà commencé avec sa venue et qui est toujours à venir, pas encore là. L’avenir est toujours à recevoir et à inventer.

René AUCOURT

Le Haut Clunisois n°116

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«…La foi, si elle n’est pas
mise en oeuvre,
EST BEL ET BIEN MORTE »
(JC2,17)

Par la force des choses, pendant le confinement nous avons pris le temps, du temps pour soi ou pour les autres.
Un mot a fait le lien entre nous : « Merci ! ».
Merci entendu, réentendu, crié, pleuré. Merci comme un salaire, une reconnaissance, une récompense.
Merci comme merveille de la nature redécouverte et Miséricorde de tous ceux qui ouvrent leur coeur à la misère des autres.
Merci comme eucharistie, transposition d’un mot grec qui veut dire « rendre grâce ». L’eucharistie ou communion, c’est être ensemble parce qu’il n’y a pas de communion sans les autres.
Merci comme regard de Dieu sur l’homme ou Regard de l’artiste sur sa création.
Merci comme courage des soignants, des malades, des bénévoles et de ceux qui sont allés travailler pendant le confinement. Merci pour ceux, aussi, qui ont su rester chez eux afin de respecter la vie humaine.
Merci comme l’infini amour de Dieu qui compte sur nous.

Martine Loctin

Homélie du Dimanche 24 Mai

par René AUCOURT

Habituellement, lorsque l’on pense prière, on pense demande faite par l’homme à Dieu, au Christ. C’est s’adresser à Dieu pour lui demander quelque chose. Dans cet Evangile, avec Jésus, tout est renversé, chamboulé… on n’est plus du tout dans la même logique. Jésus dit : « Moi, je prie pour eux… » Voici donc que c’est Jésus lui-même qui prie pour l’homme. C’est lui qui demande quelque chose pour l’homme. Changement radical qui nous oblige à changer.

Prier, c’est donc entrer dans la prière même de Jésus qui prie pour nous. C’est lui qui a l’initiative, c’est lui qui prend soin de nous. Il a fait et il fait tant de choses. Il a accompli l’œuvre du Père, dit-il. Il s’est manifesté, il a donné sa Parole. Il est l’Envoyé du Père. C’est lui qui a donné sa vie pour l’homme. Il est, dit-il, sorti du Père. Il s’est fait proche de tout homme, tellement proche qu’il a pris chacun d’entre nous dans sa prière. Et cette prière peut se définir par les mots de relation, d’intimité. C’est ce que Jésus nous révèle aujourd’hui : « Ceux que tu m’as donné, ils sont à toi et tout ce qui est à moi est à toi, et ce qui est à toi est à moi. » Il y a donc désormais un lien, indéfectible entre le Père et le Fils et tous ceux qui sont dans le monde. Plus encore, Jésus affirme : « je suis glorifié en eux. » Sa gloire, c’est-à-dire son être profond, le poids de ce qui fait sa vie, n’est pas en l’air, en suspension, ou bien enfermé en lui-même. Il ne faut pas se tromper de gloire. Ce n’est pas la gloriole, ni la réputation, ni la mise en lumière. Sa gloire est faite pour se donner, se partager. Elle rayonne. Elle repose même dans l’homme. Jésus se reconnait dans l’homme. Il reconnait son être profond, sa vie, sa gloire dans l’homme. Comment ne pas en être étonné, comment ne pas entrer dans une immense action de grâce, un immense merci. Nous n’en sommes vraiment pas dignes mais Jésus le Christ prie pour nous et il nous fait partager sa vie, sa gloire. Alors, notre vie toute entière en est transformée et notre regard sur l’homme en est changé.

Ici, dans cet évangile, le mot Esprit Saint n’est pas employé, mais on le devine derrière toutes ces expressions. Cette relation, ce dépôt de la gloire dans l’homme, cette prière … c’est bien le signe de l’Esprit Saint qui est déposé en nous, qui se développe en nous. Dans ces jours, à l’approche de la Pentecôte, où nous nous préparons à recevoir l’Esprit d’une façon renouvelée, nous pouvons entrer dans la prière de Jésus et dire avec lui :

Viens Esprit Saint… Viens en nous, dispensateur des dons, viens, lumière de nos cœurs, consolateur souverain, hôte très doux de nos âmes, adoucissante fraîcheur…Ô lumière bienheureuse, viens remplir jusqu’à l’intime le cœur de tes fidèles…

Homélie de l’Ascension – jeudi 21 mai

Par René AUCOURT

La fête de l’Ascension marque une étape importante. C’est la fin, la conclusion de l’évangile de Matthieu, c’est donc aussi un temps nouveau qui commence dans un espace nouveau. Matthieu précise que cela se passe en Galilée c’est-à-dire à un carrefour, au cœur d’un brassage de toute l’humanité. C’est sur une montagne. Lorsque Dieu a quelque chose d’essentiel à transmettre, cela se passe habituellement en haut d’une montagne. C’est là que Jésus disparait de nos yeux et s’élève dans les cieux. Il y a donc une rupture, un changement radical. C’est le temps de la foi qui commence.

C’est ce que vivent les disciples : à la fois ils se prosternent et ils ont des doutes. N’est-ce pas aussi notre expérience ? Notre foi est si souvent aussi traversée par des remises en cause, des doutes. Nous sommes vraiment dans le temps de la foi. Après cette précision, nous voyons Jésus qui immédiatement s’approche, se fait proche. Le temps de la foi c’est en même temps le temps de l’absence … Jésus a disparu de nos yeux. Et c’est aussi le temps de la présence : Jésus est proche et en plus il promet qu’il le sera, toujours, jusqu’à la fin des temps.

Ce temps de la foi va avec l’envoi. Avec l’Ascension commence le temps de la mission. Allez, baptisez, apprenez… Une mission qui ne consiste pas à apprendre des formules, des choses, même très belles sur Dieu. Non, mais c’est une mission qui consiste à proposer et à faire entrer dans une relation, qui est celle du Père, Fils et Esprit. C’est bien le sens du baptême. Entrer dans une relation, comme cela nous était rappelé dimanche dernier qui est une relation d’amour et qui rejaillit sur toute la vie de l’homme. C’est cela apprendre à observer ce que Jésus a commandé. Le commandement ne peut être que le commandement de l’amour. La communauté de tous ceux qui entrent dans cette relation s’appelle l’Eglise. Avec l’Ascension commence le temps de l’Eglise.

Temps de la foi, temps de l’absence- présence, temps de la mission, temps de l’Eglise…

Il ne faut donc pas  rester là à regarder le ciel. Jésus nous a montré le chemin, il passe le premier. Il fait confiance à l’homme. Il ne s’évade pas. Il est avec nous jusqu’à la fin des temps. C’est le temps de la liberté et de la responsabilité.

Christ est parti sans nous quitter


Christ est parti
Sans nous quitter :
Le Fils de Dieu est glorifié.
Son absence partout
Nous accompagne.

Il est parti
Dans la nuée :
Qu’attendez-vous les yeux levés ?
Il est proche de nous
Quand il s’éloigne.

Il est parti
Pour instaurer
En nous l’étroite intimité.

Fixer le rendez-vous
Au ciel de l’âme.

Il est parti
Pour demeurer
Dans le grand corps d’humanité.
Son royaume est pour nous
En héritage.


Il est parti,
Il est monté.
L’Esprit descend nous habiter.
Et le silence en nous
Dit son passage.

CFC (f. Gilles) 2001